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Le respect des personnes âgées : entre soin et humanité

« Lève-toi devant une personne âgée et honore la présence du vieillard, et tu craindras ton Dieu. » (Lévitique 19,32)
La Torah ne dit pas seulement : respecte.Elle dit : lève-toi.
Un geste simple, presque banal et pourtant profondément symbolique.
Se lever, c’est reconnaître l’autre dans sa dignité.
C’est interrompre son mouvement, sortir de son confort.
Dans nos sociétés modernes, la vieillesse dérange.
Elle ralentit, elle fragilise, elle rappelle la finitude.
Alors on l’écarte, doucement, proprement, institutionnellement.
Les EHPAD sont nés de cette nécessité :
soigner, protéger, encadrer.
Mais une question demeure :
sont-ils toujours compatibles avec l’esprit de cette mitsva ?
Car honorer une personne âgée,
ce n’est pas seulement assurer ses soins.C’est reconnaître son statut de sujet,son histoire, sa dignité, sa place.

Comme l’enseigne le Talmud :
« Même un érudit qui a oublié son savoir en raison de son âge doit être honoré. » (Berakhot 8b)
Autrement dit, la valeur d’un être humain ne disparaît pas avec le déclin.
Elle ne se mesure ni à l’autonomie, ni à la performance.
Comme le rappelle Emmanuel Levinas :
« Une société se juge à la manière dont elle traite ses membres les plus vulnérables. »
La vieillesse n’est pas une marge de la société.
Elle en est le miroir.
Or le risque, dans toute institution,
c’est la standardisation.
On prend en charge…
mais on ne regarde plus vraiment.
On nourrit…
mais on n’écoute plus.
On protège…
mais on isole.
La Torah nous rappelle ici une exigence radicale :
la dignité ne se délègue pas.
Même dans un cadre médicalisé,
le respect ne peut pas être uniquement technique.
Il est relationnel.
Se lever devant une personne âgée aujourd’hui,ce n’est pas seulement un geste physique.
C’est un positionnement intérieur :
refuser de réduire l’autre à sa dépendance.
Voir encore en lui un être de parole,
de mémoire, de valeur.
Les EHPAD peuvent être des lieux de soin nécessaires.
Mais ils ne deviennent des lieux de respect que si l’on y maintient cette vigilance humaine.
Au fond, la mitsva nous interroge nous-mêmes : sommes-nous encore capables de nous arrêter,
de reconnaître, de nous lever intérieurement devant celui qui a vécu avant nous ?
Car honorer la vieillesse,ce n’est pas seulement respecter le passé.
C’est protéger notre propre humanité.

Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue