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Le fameux « ménage » de Pessa’h

À l’approche de Pessa’h, une agitation particulière s’installe dans les foyers. On nettoie, on trie, on vérifie chaque recoin à la recherche du moindre hamets. À première vue, cela peut sembler excessif : pourquoi tant d’efforts pour quelques miettes de pain ? Mais en réalité, cette mitsva porte en elle un message profond et très actuel.

Le hamets, c’est ce qui gonfle. La pâte qui lève est souvent comparée, dans la tradition, à l’ego qui prend trop de place, à ces attitudes ou émotions qui nous envahissent sans que l’on s’en rende compte. En nettoyant notre maison, nous sommes invités à faire un travail parallèle, plus discret mais essentiel : regarder en nous-mêmes. Quels sont les “restes” que nous laissons traîner dans notre vie ? Une parole blessante non réparée, une rancune persistante, une habitude qui nous éloigne de l’essentiel.

La recherche du hamets se fait à la lumière d’une bougie, une lumière douce et ciblée. Cela nous enseigne que ce travail intérieur ne doit pas se faire dans la brutalité ou la culpabilité, mais avec finesse et lucidité. Il ne s’agit pas de tout bouleverser d’un coup, mais d’éclairer progressivement ce qui mérite d’être transformé.

Pessa’h commémore la sortie d’Égypte, la libération du peuple hébreu. Mais cette sortie n’est pas seulement un événement historique : elle se rejoue chaque année dans nos vies. L’Égypte, Mitsraïm en hébreu, évoque aussi les limites, les enfermements, tout ce qui nous empêche d’avancer librement. Aujourd’hui encore, chacun peut se sentir enfermé dans ses peurs, ses contraintes ou le regard des autres.

Ainsi, éliminer le hamets devient un acte symbolique fort : celui de se délester de ce qui nous alourdit pour retrouver plus de liberté intérieure. Ce n’est pas seulement un ménage matériel, mais une démarche de renouveau. Et peut-être que l’essentiel, cette année, n’est pas d’avoir une maison parfaitement impeccable, mais d’avoir fait un petit pas vers soi-même, en identifiant et en laissant derrière soi un “hamets” personnel.

Car au fond, Pessa’h nous rappelle une chose simple et essentielle : la vraie liberté ne commence pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de nous.

Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue