
Abracadabra – L’homme transforme, Dieu crée
« Bereshit bara Elohim… »
« Au commencement, Dieu créa… »
Nous employons souvent le mot « créer ». Nous créons une œuvre, une entreprise, un médicament, une intelligence artificielle.
Mais au sens de Bereshit, l’homme ne crée pas. Il transforme.
L’artiste crée à partir de formes, de couleurs ou de sons. Le chercheur travaille à partir des lois de la nature. Le médecin soigne et répare, mais ne part jamais de rien.
Même lorsque nous manipulons un gène, fécondons un ovocyte ou remplaçons un organe, nous partons toujours de quelque chose qui existe déjà.
Créer à partir de rien — yesh mé-ayin — n’appartient qu’à Dieu.
Et dans Bereshit, Dieu crée par la parole :
« Vayomer Elohim : Yehi or. Vayehi or. »
« Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. »
On rapproche parfois le mystérieux mot « abracadabra » de l’araméen avra ke-dabra : « je crée comme je parle ».
Chez l’homme, la parole peut convaincre, blesser, rassurer, parfois même soigner.
Chez Dieu, la Parole crée.
Pour nous médecins, cette distinction n’est pas seulement théologique. Elle nous concerne directement.
La médecine nous donne aujourd’hui un pouvoir extraordinaire sur le vivant. Et avec ce pouvoir apparaît une tentation : oublier la limite entre puissance et toute-puissance.
Nous pouvons intervenir sur la vie, parfois la prolonger, la réparer, la transformer. Mais nous ne sommes jamais à son origine.
C’est peut-être l’une des premières leçons de Bereshit pour le médecin :
plus notre pouvoir grandit, plus notre humilité doit grandir avec lui.
Soigner, c’est faire tout ce qui est humainement possible, tout en se souvenant que la vie ne nous appartient pas : elle nous est confiée.
Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue
