
Kiddouch du Chabbat : un moment précieux à vivre avec mesure
Dans les synagogues du monde entier, ce moment qui suit la prière est souvent attendu avec envie voire impatience. Dans celles que je fréquente, Chivtei Israël et Ohel Avotenou à Boulogne-Billancourt, le kiddouch fait clairement partie de ces instants où la communauté se retrouve autrement. Après avoir prié ensemble, chacun à sa place et dans le calme, vient alors le temps de la parole et des échanges, du partage et des sourires. Autour d’un verre ou d’une navette thon-mayonnaise, ce qui pourrait sembler anecdotique est en réalité profondément structurant pour la vie communautaire.
La science confirme aujourd’hui l’importance de ces moments. Une vaste méta-analyse (300 000 personnes), publiée dans PLOS Medicine, a montré que les individus ayant des relations sociales régulières présentaient une diminution du risque de mortalité de 30 à 50 %. Un taux analogue à…l’arrêt du tabac. Autrement dit, partager un instant après la prière et discuter avec les autres fidèles n’est pas un simple lien social : c’est un véritable déterminant de santé. Pour certaines personnes isolées, âgées ou nouvellement arrivées dans le quartier, le kiddouch représente parfois même le principal temps d’échange de la semaine.
Le kiddouch joue aussi un rôle plus discret mais essentiel : il canalise naturellement la sociabilité. Les rabbins le savent bien, et certains le disent volontiers avec humour : savoir que l’on pourra discuter après, rend tout le monde un peu plus silencieux et attentif pendant l’office. La parole trouve ainsi sa place adéquate, dans un cadre dédié, et chacun y gagne en sérénité. « La parole vaut une pièce, le silence en vaut deux » (Talmud Méguila 18a), n’est-ce pas ?
Le kiddouch est donc un moment de joie et de lien, et le médecin que je suis s’en réjouit pleinement — mais il serait difficile de ne pas jeter aussi un regard attentif sur ce qui se passe… autour de la table.
En effet, d’une simple collation autrefois, le kiddouch est parfois devenu un buffet généreux où j’y ai même vu de la pkeila. Ces moments de convivialité sont agréables, mais la consommation d’aliments riches, de surcroît accompagnés d’alcool, peut avoir un impact sur la santé si l’on n’y prend pas garde. En outre, la période du Covid-19 nous a aussi rappelé l’importance des gestes simples telles que l’hygiène des mains et la préparation soignée des aliments lors des rassemblements. Enfin, trop manger au kiddouch, c’est parfois rentrer à la maison sans appétit, face à une table de Chabbat préparée avec soin par les personnes que l’on aime.
JT
