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Le médecin face au décès d’un patient

La paracha ‘Hayé Sarah s’ouvre sur la mort de Sarah. Pourtant, le nom donné à cette section signifie « la vie de Sarah ». Pourquoi parler de sa vie au moment où elle vient de mourir ?

Dans le judaïsme, la mort marque la fin de l’existence terrestre, mais elle n’est pas l’anéantissement de la personne. L’âme demeure. Et chaque être porte en lui un potentiel de vie qui ne disparaît pas avec lui : ce qu’il a donné, ce qu’il a aimé, les valeurs et les paroles qu’il a transmises continuent de vivre chez ceux qui l’ont connu.

Ainsi, la vie de Sarah se prolonge à travers Its’hak et les générations à venir. Peut-être est-ce aussi ce que nous suggère le nom de la paracha : au moment de sa mort, la Torah nous invite à regarder la vie de Sarah et ce qui, de cette vie, continue.

Au chevet d’un patient qui vient de mourir, le médecin constate le décès. Puis il se tourne vers les proches. Il faut trouver les mots, annoncer ce qu’ils redoutaient, parfois répéter. Les proches cherchent à comprendre ce qui vient de se passer. Nos mots ne suffisent pas toujours. Il faut aussi leur laisser du temps, écouter et rester auprès d’eux.

Car pour le médecin aussi, la mort est une épreuve. Elle nous confronte aux limites de notre pouvoir d’agir. Après tant d’efforts pour traiter et soulager, il faut accepter ce moment où nous ne pouvons plus changer l’issue.

Pourtant, auprès des proches, notre présence reste attendue. En tant que médecins, il nous faut trouver la force de nous ressaisir pour prendre le temps de les accompagner : nous asseoir quelques instants, expliquer sans précipitation, écouter une question déjà posée et leur laisser le temps de comprendre et de dire adieu.

Si les circonstances s’y prêtent, nous pouvons aussi inviter les proches à évoquer la personne qui vient de mourir, ce qu’elle leur a apporté et ce qui continuera de vivre en eux grâce à elle. Les aider à se souvenir de la lumière qu’elle a pu apporter, des moments heureux, des gestes et des paroles qui les ont marqués. C’est peut-être cela, le ‘Hayé Sarah que chaque être porte en lui : cette parcelle de vie qu’il laisse à ceux qui restent.

Cette foi ne nous épargne pas la douleur. Avraham vient pleurer Sarah. La Torah fait une place entière à ses larmes. Même lorsque nous gardons la foi, la personne qui vient de mourir nous manque et son absence fait mal.

En racontant la mort de Sarah dans une paracha qui porte le nom de sa vie, la Torah nous enseigne peut-être une manière d’aborder la mort : accueillir la peine qu’elle provoque tout en nous tournant vers la vie de la personne disparue et vers ce qu’elle a transmis. Le médecin peut accompagner les proches sur ce chemin, en respectant leur douleur et en les aidant, lorsqu’ils sont prêts, à retrouver cette part de vie qui demeure en eux.

Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue