
El Na Réfa Na La : la force psychologique de la prière
Parfois, la souffrance nous laisse sans mots.
Nous aimerions aider un proche malade, consoler une personne en détresse, ou simplement soulager notre propre douleur. Pourtant, nous nous sentons impuissants.
C’est dans ce contexte que la Torah nous offre l’une des plus belles prières jamais prononcées.
Lorsque Myriam est frappée par la maladie, Moché ne prononce pas un long discours. Il ne récite pas une formule compliquée. Il adresse à Hachem une demande simple, directe et bouleversante :
« El Na Réfa Na La »
« Ô Dieu, guéris-la, je T’en prie. »
Cinq mots seulement.
Cinq mots qui traversent les siècles.
point de vue psychologique, cette prière nous enseigne une vérité essentielle : lorsque nous sommes confrontés à une épreuve qui nous dépasse, nous avons besoin de retrouver un lien avec quelque chose de plus grand que nous-mêmes.
La souffrance, qu’elle soit physique ou psychique, est souvent aggravée par le sentiment d’impuissance. Nous voulons contrôler ce qui ne dépend pas de nous. Nous cherchons des réponses immédiates à des problèmes complexes. Nous voudrions faire disparaître la douleur par notre seule volonté.
Or, la guérison commence parfois lorsque nous acceptons humblement nos limites.
« El Na Réfa Na La » n’est pas une formule magique. Ce n’est pas une incantation destinée à provoquer automatiquement un miracle. C’est avant tout une démarche de confiance.
Moché reconnaît qu’il ne peut pas tout faire lui-même. Il agit, il prie, il espère, mais il accepte aussi qu’une part de la réalité lui échappe.
Cette attitude possède une profonde valeur psychologique.
Une grande partie de nos souffrances naît de notre difficulté à distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Lorsque nous essayons de porter seuls le poids du monde, nous nous épuisons. À l’inverse, lorsque nous acceptons nos limites tout en continuant à agir là où nous le pouvons, nous retrouvons davantage de sérénité.
La prière peut alors devenir une précieuse ressource intérieure.
Elle ne remplace ni les médecins, ni les traitements, ni les efforts personnels. Mais elle apporte quelque chose que la médecine ne peut offrir à elle seule : le sentiment d’être relié, soutenu et porteur d’espérance.
Elle permet souvent de transformer l’inquiétude en confiance, la solitude en dialogue et le découragement en persévérance.
Rabbi Na’hman enseignait que même lorsque tout semble obscur, il ne faut jamais renoncer à l’espérance. L’homme doit continuer à rechercher la lumière, même lorsqu’il ne la perçoit pas encore.
C’est peut-être là le message le plus profond de « El Na Réfa Na La ».
La guérison ne commence pas toujours dans le corps.
Elle commence souvent en nous : du désespoir à l’espérance, de la peur à la confiance.
Lorsque nous prononçons ces cinq mots avec sincérité, nous affirmons que la souffrance n’aura pas le dernier mot.
Et parfois, avant même que la situation extérieure ne change, quelque chose commence déjà à guérir en nous.
Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue – Expert judiciaire
