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L’envol vers l’autonomie

Comment savoir si nous aidons réellement quelqu’un ? À quel moment l’accompagnement permet-il à l’autre de grandir, et à quel moment risque-t-il au contraire de le rendre dépendant ?

Dans la paracha Beha’alotekha, lorsque Dieu demande à Aaron d’allumer la Ménorah, Rachi commente l’expression « Beha’alotekha et hanérot » (« lorsque tu feras monter les lumières » ou « lorsque tu allumeras les lampes »).
Il explique qu’il ne suffit pas d’approcher la flamme de la mèche : il faut la maintenir jusqu’à ce que la flamme monte d’elle-même.
Cette précision, qui semble purement technique, révèle en réalité l’un des grands principes de toute relation d’aide.

Un parent, un enseignant, un éducateur, un thérapeute ou même un ami ne doit pas chercher à rendre l’autre dépendant de lui. Son rôle est de l’aider à trouver sa propre voie. Il doit être présent, soutenir, encourager, transmettre, parfois répéter encore et encore, jusqu’au moment où la personne acquiert suffisamment de force pour avancer par elle-même.

La véritable réussite de l’éducateur n’est pas que l’enfant ait besoin de lui toute sa vie. C’est au contraire que l’enfant puisse un jour marcher seul, penser seul et faire les bons choix par lui-même.

Dans la relation d’aide, on retrouve la même idée. Le rôle du psychothérapeute n’est pas de penser à la place du patient ni de résoudre sa vie à sa place. Il consiste à l’aider à découvrir les ressources et les forces qu’il porte déjà en lui, mais que la souffrance, l’anxiété ou la dépression peuvent parfois masquer. L’objectif de la psychothérapie n’est pas de créer une dépendance, mais de permettre au patient de retrouver progressivement confiance en ses capacités et en son aptitude à faire face aux défis de l’existence.

Nous connaissons tous ces moments où il est plus facile de faire à la place de l’autre que de lui apprendre à faire lui-même. Pourtant, c’est souvent en laissant chacun exercer ses propres capacités que la confiance et l’autonomie peuvent se développer.

Dans l’éducation comme dans la psychothérapie, la réussite se mesure souvent au moment où l’autre n’a plus besoin de nous pour avancer.

La Ménorah nous enseigne que chaque être humain possède déjà en lui des ressources et des capacités qui ne demandent qu’à se révéler. Notre rôle n’est pas de les créer, mais de l’aider à les découvrir et à les développer jusqu’à ce qu’il puisse avancer par lui-même.

Il est difficile d’imaginer mission plus noble que celle qui consiste à aider les autres à découvrir leurs propres ressources, puis à avoir la satisfaction de les voir prendre leur envol et s’épanouir par eux-mêmes.

Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue – Expert judiciaire