
Quand une rencontre nous transforme
« La rencontre de deux personnalités est comme le contact entre deux substances chimiques : s’il se produit une réaction, les deux en sont transformées. »
Cette phrase de Carl Jung (psychiatre) touche quelque chose de très profond… et profondément humain.
Dans la Torah, une vraie rencontre n’est jamais neutre.
Elle laisse une trace. Elle modifie. Elle élève… ou parfois elle abîme.
Regardons le premier couple : Adam et ‘Hava. Avant leur rencontre, chacun est incomplet. Après, ils deviennent une unité vivante. La rencontre crée une nouvelle réalité.
C’est vrai pour le mariage. Se marier, ce n’est pas juxtaposer deux vies, c’est accepter d’être transformé par l’autre.
Mais une question se pose : toute rencontre est-elle positive ? Non. Certaines rencontres blessent, désorganisent, fragilisent.Mais même là, elles laissent une trace. Elles obligent à se repositionner.
C’est vrai pour l’étude de la Torah.
La Guemara dit : “o havruta o mituta” — soit tu étudies avec un compagnon, soit tu es comme mort (Taanit 23a).
Cette phrase vient de l’histoire de ‘Honi HaMe’agel : après 70 ans de sommeil, il se réveille dans un monde où plus personne ne le reconnaît. Même à la maison d’étude, il est seul, sans véritable échange.Et il comprend alors quelque chose de bouleversant : sans relation vivante, la vie perd de sa profondeur.
Parce qu’à deux, il y a une “réaction” : on se confronte, on progresse, on évolue.
C’est vrai pour l’amitié. L’amitié authentique, c’est une rencontre qui transforme.
Mais faut-il être bouleversé pour qu’une rencontre soit vraie ? Pas toujours. Il existe des relations simples, calmes, apaisantes. Elles ne secouent pas, mais elles soutiennent , et cela aussi a une valeur immense.
Et c’est particulièrement vrai dans la relation maître–élève.
Regardez Rabbi Na’hman de Breslev et Rabbi Nathan de Nemirov : le maître transmet un feu immense, l’élève le reçoit, l’écrit, le rend accessible au monde.
Sans Rabbi Na’hman, pas de lumière.
Sans Rabbi Nathan, cette lumière ne serait pas parvenue jusqu’à nous.
C’est cela, une vraie rencontre :
chacun est transformé, et quelque chose de plus grand naît entre les deux.
Dans la vie, on peut multiplier les contacts sans jamais rencontrer.
C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui sur les réseaux sociaux.Alors une question se pose :les réseaux sociaux empêchent-ils les vraies rencontres ?
Souvent, ils les remplacent par du superficiel.
Mais parfois, une vraie rencontre peut y naître ,rare, mais réelle.
Ce ne sont pas les outils qui font la rencontre,mais la profondeur du lien.On peut avoir des dizaines, des centaines de contacts…et rester pourtant profondément seul.
La vraie rencontre, elle, dérange parfois, bouscule, transforme.
Elle laisse une trace.
Elle change quelque chose en nous.
Alors une question simple :
Quelles sont les rencontres qui nous transforment vraiment… et lesquelles nous laissent inchangés ?
Carl Jung répond à cela : lorsqu’il y a, au moment de la rencontre, une véritable réaction (comparable à une réaction chimique) les deux en sont transformés.
Seules les rencontres qui présentent une véritable affinité provoquent une telle transformation.
Et quand ça arrive… il n’y a pas de retour en arrière : rien n’est plus comme avant.
Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue
