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Freud et la Torah face à l’inconscient

Sigmund Freud affirme que l’inconscient nous influence fortement, tandis que la Torah enseigne que l’homme peut se transformer et choisir.

La question devient alors centrale : comment être vraiment libre, malgré ce qui se passe en nous sans que nous en ayons conscience ?

Freud nous apprend une chose essentielle : nos pensées ne sont pas totalement libres.
Elles sont traversées par des désirs refoulés, des conflits anciens, des mécanismes de défense. L’homme croit décider…
mais en réalité, il est souvent traversé par des pensées et des émotions qu’il ne contrôle pas.

La Torah ne nie pas cette réalité.
Elle la formule autrement :
« Le penchant du cœur de l’homme est mauvais dès sa jeunesse.» (Genèse 8,21)
Autrement dit, il existe en l’homme une force intérieure :
le yétser hara (inclination au mal),
et le yétser hatov (inclination vers le bien).

Mais la Torah ajoute quelque chose de fondamental :
la possibilité de ne pas être dominé par ces forces :
« Si tu agis bien, tu seras élevé ;
mais si tu n’agis pas bien, le péché est à ta porte.
Il se tourne vers toi, mais toi, tu peux le dominer. » (Genèse 4,7)

L’homme n’est pas ce qu’il ressent. Il est ce qu’il décide de faire de ce qu’il ressent.

Là où Freud montre que ce que l’on enfouit en soi finit par revenir, la Torah propose un autre chemin : ne pas refouler, mais orienter : « J’ai créé le mauvais penchant, et J’ai donné la Torah comme remède — Kiddouchin 30b)
Concrètement, la Torah agit en profondeur pour nous aider à transformer les forces vives de l’inconscient : par des actes répétés qui changent nos habitudes, par la parole (prière, étude), qui aide à voir plus clair en soi, par des limites, qui permettent de ne pas agir tout de suite, et en apprenant à transformer ses envies en quelque chose de bon.

La liberté selon la Torah n’est pas l’absence de pulsions.
C’est la capacité de ne pas être gouverné par ce qui nous traverse.
« Ne suivez pas votre cœur » (Nombres 15,39)
Il ne s’agit pas de nier le cœur, c’est-à-dire les pensées et les émotions qui nous habitent,
mais de ne pas en être prisonnier.
La Torah reconnaît la complexité de l’homme,
mais refuse de le réduire aux influences de l’inconscient.
Elle apprend à l’homme qu’il est responsable de ses actes,
et qu’il peut ne pas être dominé par ce qui se passe en lui.

Grâce à la Torah, il peut ainsi contrecarrer les forces de l’inconscient
et acquérir une véritable liberté, sans être obligé de leur obéir.

Autrement dit, l’homme n’est pas condamné par son inconscient.
Il peut, avec la Torah, apprendre à le transformer et à s’en libérer.

Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue