
De la liberté à la responsabilité : le vrai chemin entre Pessa’h et Chavouot
Chaque année, nous traversons une période unique : celle du passage de Péssa’h, célébrant la liberté, à Chavouot, la fête du don de la Torah. À première vue, tout semble clair : à Péssa’h, nous célébrons la liberté ; à Chavouot, nous recevons la Torah. Mais si l’on creuse un peu, une question apparaît :
Pourquoi ces deux événements sont-ils reliés par un compte précis, le compte du Omer ?
La réponse est profondément actuelle.
À Péssa’h, le peuple juif sort d’Égypte. Mais sortir d’Égypte, ce n’est pas encore être libre. C’est seulement ne plus être esclave. La liberté véritable ne se résume pas à l’absence de chaînes ; elle exige une direction, un sens, un cadre.
Et c’est exactement ce qui se construit pendant les 49 jours du Omer.
Dans notre monde moderne, on valorise énormément la liberté individuelle. Être libre, c’est faire ce que je veux, quand je veux. Mais cette vision montre vite ses limites : sans repères, la liberté devient vide, parfois même destructrice. Elle peut mener à la confusion, à la perte de sens, et parfois à une forme d’esclavage… mais cette fois, c’est notre esprit qui en est prisonnier.
Comme le disait Victor Hugo : « La liberté commence où l’ignorance finit. »
Le compte du Omer nous enseigne une autre vision : la liberté est un processus. Chaque jour, on affine une partie de soi. On travaille ses émotions, son comportement, sa relation aux autres. On ne devient pas libre en un instant, mais par une construction progressive.
Chavouot n’est donc pas une contrainte qui vient après la liberté. C’est son accomplissement.
Recevoir la Torah, c’est comprendre que la Loi Mosaïque n’est pas un obstacle, mais un repère qui nous guide vers notre vraie liberté.
C’est réaliser que les commandements ne sont pas des chaînes, mais des instruments pour construire notre caractère et notre liberté intérieure.
La Torah ne limite pas, elle élève : elle transforme les règles en outils pour réaliser notre potentiel.
Elle ne nous enferme pas ; elle nous donne des repères pour devenir pleinement nous-mêmes.
Aujourd’hui encore, chacun traverse ses propres “Égypte” : habitudes, peurs, dépendances, pressions sociales. Sortir de ces enfermements est essentiel. Mais rester libre demande autre chose : un engagement, une direction, une discipline.
Le message de cette période est clair :la liberté n’est pas le point d’arrivée. C’est le point de départ.
Et la vraie question n’est pas : “De quoi suis-je libre ?”
Mais : “Pour quoi suis-je libre ?”
C’est entre Péssa’h et Chavouot, jour après jour, grâce au compte du Omer, que cette réponse se construit.
Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue
