
Chabbat : le cadeau qui fait de nous des Hommes
Lorsque les Dix Commandements sont donnés au Sinaï, une mitsva occupe une place singulière :
le Chabbat.
Ce n’est pas une loi parmi d’autres.
C’est la seule qui commence par un mot de mémoire : « Zakhor » — Souviens-toi du jour du Chabbat.
Pourquoi se souvenir, alors qu’il revient chaque semaine ?
Parce que le Chabbat n’est pas seulement un jour à observer.
C’est une vérité à ne jamais oublier.
La Torah nous enseigne ici quelque chose de radical :
sans Chabbat, l’homme se perd.
Sans Chabbat, l’homme travaille, produit, consomme, réagit.
Il devient efficace, performant… mais il cesse peu à peu d’être vivant.
Il fonctionne — comme une machine.
Le Chabbat vient poser une limite sacrée :
Tu n’es pas ce que tu produis.
Tu n’es pas ce que tu gagnes.
Tu n’es pas ce que tu contrôles.
Une fois par semaine, Hachem nous rend notre humanité.
Le Talmud révèle ce qui se joue alors en profondeur :
il est enseigné :
« À l’entrée du Chabbat, une âme supplémentaire est donnée à l’homme ; à sa sortie, elle se retire. » (Beitsa 16a)
Comme si, sans Chabbat, l’homme vivait toujours un peu en deçà de lui-même.
Et comme si le Chabbat venait élargir l’être, apaiser l’intérieur, rendre à l’homme sa pleine stature.
Le Chabbat, l’homme s’arrête — et dans cet arrêt, il se retrouve.
Il cesse de transformer le monde pour se laisser transformer lui-même.
Il n’est plus maître, il redevient créature.
Il n’est plus pressé, il devient présent.
C’est pour cela que le Chabbat est inscrit au cœur des Dix Commandements.
Sans lui, même les plus belles lois deviennent inhumaines.
Avec lui, la vie retrouve son souffle, sa dignité, sa profondeur.
Le Chabbat n’est pas une contrainte :
c’est le plus beau cadeau qu’Hachem ait fait à Son peuple.
Un espace hors du temps, où l’âme respire,
où la famille se rassemble,
où la parole redevient vraie,
où l’homme se souvient qu’il est plus qu’un outil.
Le monde moderne glorifie la vitesse.
La Torah sanctifie la pause.
Et cette pause n’est pas une fuite du réel :
c’est ce qui nous permet d’y revenir apaisés, recentrés, plus humains.
Le monde peut tourner sans s’arrêter.
Les machines, elles, n’ont pas besoin de Chabbat.
Mais l’homme, lui, en a besoin pour ne pas se perdre.
Le Chabbat n’est pas un luxe spirituel.
C’est ce qui empêche l’homme de se réduire à une fonction.
Sans Chabbat, on existe.
Avec Chabbat, on vit.
Docteur Gilles Uzzan
Psychiatre – Addictologue
