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Sheina Vaspi, pionnière israélienne du ski paralympique et de la foi assumée

Seule représentante paralympique de la délégation israélienne aux Jeux d’hiver de Milano-Cortina 2026, Sheina Vaspi ne fait pas que skier vite. Elle incarne un modèle rare et puissant : celui d’une femme croyante, amputée, compétitrice internationale, qui refuse de renoncer à ce qui la définit. À 24 ans, elle s’apprête à écrire une nouvelle page d’une histoire déjà historique.

De l’accident à la vocation

Née en 2001 dans une famille hassidique Chabad du nord d’Israël, Sheina Vaspi voit sa vie basculer à l’âge de trois ans, après un grave accident de voiture qui entraîne l’amputation de sa jambe gauche. Loin de se laisser abattre, elle affronte dès l’enfance une double reconstruction : physique, mentale, identitaire.

C’est à 16 ans, lors d’une sortie organisée par la fondation Erez, qu’elle découvre le ski sur les pentes du mont Hermon. Ce sport devient une révélation, puis un moteur. Avec l’appui de structures sportives israéliennes, elle passe du loisir à la compétition. Pour progresser, elle s’entraîne aux États-Unis, au National Sports Center for the Disabled du Colorado, coupée de sa famille une grande partie de l’année.

En 2022, à Pékin, elle entre dans l’histoire comme la première athlète israélienne à participer aux Jeux paralympiques d’hiver, en ski alpin debout. Classée 15ᵉ du slalom géant, elle renonce à disputer l’épreuve du samedi pour respecter le chabbat — un choix symbolique fort qui attire l’attention bien au-delà du monde sportif.

Une identité visible sur les pistes

Ce qui distingue Sheina ne tient pas seulement à son handicap, mais aussi à son apparence : elle skie en jupe, portée par-dessus son pantalon, en accord avec les règles de pudeur de sa tradition religieuse. Cette image singulière résume toute sa démarche : ne rien sacrifier de sa foi, même dans un milieu aussi exigeant et codifié que le sport de haut niveau.

À l’heure où beaucoup lissent leur image pour entrer dans un moule, elle affirme sereinement ses convictions. Elle ne skie jamais pendant le chabbat, s’alimente selon les règles de la cacherout, et continue d’exprimer fièrement son ancrage spirituel. Elle se décrit non comme « haredi », mais comme « une femme juive qui craint Dieu ». Sa foi, dit-elle, « n’est pas une limite, mais une source de force ».

Revenir plus forte, porter plus grand

Quatre ans après Pékin, Sheina s’apprête à retrouver les Jeux à Milano-Cortina. Entre-temps, elle a traversé de lourdes épreuves : une blessure au genou en 2025, et surtout la perte de proches, dont son cousin Arnon Benveniste Vaspi, tombé au combat à Gaza. Ces douleurs, elle les transforme en énergie. Elle dit skier « pour lui aussi », et pour ceux qui n’ont plus la possibilité de se relever.

À 24 ans, elle aborde ces Jeux avec plus d’expérience, mais aussi avec une mission élargie. Car en skiant à 80 km/h sur une seule jambe, en jupe, en refusant de courir le samedi, elle représente bien plus que son pays : elle est devenue un modèle pour les personnes handicapées, les jeunes filles religieuses, et tous ceux qui pensent qu’il faut choisir entre identité et ambition.

Sheina Vaspi, c’est la preuve vivante qu’on peut rester soi-même tout en atteignant l’excellence. Une athlète. Une croyante. Une pionnière. Une voix forte dans un monde de silence normatif.

Dr. Bruno HALIOUA