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Un extrémisme à la carte

Chacun a vu les images du meurtre ; chacun comprend que quand on s’acharne à plusieurs sur un homme à terre, ce n’est plus une simple rixe, chacun a entendu Mélenchon, niant tout lien entre son parti et la Jeune Garde, prétendre que LFI n’est ni violent, ni d’extrême-gauche, contrairement à sa classification comme tel par le Ministère de l’Intérieur quelques jours avant le drame de Lyon.

Lutte ouvrière refuse d’ailleurs l’alliance avec LFI, qu’elle considère comme un parti réformiste qui préfèrerait les élections au vrai combat prolétarien. 

De fait, si Mélenchon hurle contre l’épithète d’extrême gauche, ce n’est pas qu’elle peut lui faire perdre des voix parmi ses troupes les plus fidèles, qui pensent que le gouvernement Lecornu est une dictature, mais c’est qu’elle risque de le brider en lui coûtant des soutiens modérés à ce deuxième tour où il rêve d’affronter le ou la représentante du Rassemblement National et se poser en candidat de barrage républicain contre l’affreuse extrême droite. La ficelle est grosse, mais l’émiettement de ses adversaires lui offre un espoir.

En fait Mélenchon est moderne car il sait que l’extrémisme n’implique plus un projet économique et Lutte ouvrière reste figée aux années 1960. Elle ne veut pas admettre que le prolétariat d’aujourd’hui n’est plus ce qu’il était alors.

A cette époque, tout révolutionnaire respectable citait Marx, Lenine, parfois Trotski ou Mao. Ceux qui ont tabassé à mort Quentin Deranque ignorent probablement ce qu’est la lutte des classes et ne connaissent pas le nom de Franz Fanon, qui a pourtant déclaré le premier que la violence anticoloniale avait un caractère rédemptif.  

La distinction entre extrême droite et extrême gauche est cependant bien plus floue que celle entre hommes et femmes dont pourtant tous les wokistes bien éduqués vous diront qu’il s’agit d’une simple construction sociale.

On a vu dans le passé un Doriot basculant de l’un à l’autre et on a voulu oublier qu’il fut un temps où les soldats soviétiques fraternisaient avec ceux de l’Allemagne nazie. 

Soral a commencé comme militant communiste, a admiré Chavez tout en liant amitié avec Jean Marie Le Pen et se prétend aujourd’hui proche de LFI. 

L’exemple de Jacques Vergès, avocat de Barbie et de Carlos, financé par un banquier nazi et ami de Georges Habbache du FPLP, avait montré que pour équilibrer l’espace entre l’extrême gauche et l’extrême droite  le mieux était de  l’associer à la défense des Palestiniens. La haine d’Israël, incarnation mobilisatrice de l’Occident honni, du capitalisme sans visage et du colonialisme génocidaire, servait de pont idéologique: l’antisionisme de l’Union Soviétique et du monde arabe associé à l’antisémitisme de l’extrême droite constituaient un espace de circulation commun particulièrement avenant. Cette haine permettait de faire du chemin ensemble malgré les divergences dans d’autres secteurs.

Aujourd’hui l’état des luttes a encore évolué: les préoccupations identitaires, sociétales, climatiques, contre les discriminations de genre ou d’origine ont elles-mêmes généré leurs variantes extrémistes dans un monde où les réseaux sociaux empêchent le débat et la nuance. Elles se sont mélangées en des proportions variables aves les anciennes délimitation politico-économiques et l’habitus des individus. De ce fait, la protestation extrémiste est d’origine composite. 

Pour beaucoup, l’idéologie a peu à voir avec leurs perceptions, leurs colères et leurs inquiétudes. Les slogans sont un ciment solidaire et la permissivité du groupe peut servir d’exutoire à  une violence débridée. Bien sûr, il y a aussi des différences entre les uns et les autres, mais les antifascistes de la Jeune garde sont indiscutablement de vrais fascistes. 

 Pour une meilleure efficacité mais au prix d’un refus de penser, le mouvement woke a inventé l’intersectionnalité des luttes. Pour que ces luttes aient un soubassement partagé, il faut un lubrifiant, une haine commune : celle-ci peut se prétendre antifasciste mais plus souvent encore  anti-israélienne car l’ennemi est alors facile à identifier et le terrain est bien balisé. Cela assure le succès à la militante écologique Greta Thunberg navigant vers Gaza, ou à une militante australienne de la lutte contre les abus sexuels contre les enfants, Grace Tame, qui scande «du fleuve à la mer» sans en percevoir la nature génocidaire. Elles ont ajouté le palestinisme à leurs préoccupations habituelles; c’est dans l’air du temps.

Au fond, il s’agit d’un extrémisme à la carte, ce qu’un Directeur du FBI a appelé un « salad bar extremism ». Il n’en est que plus difficile à combattre. Et dans ce bar la haine d’Israël est aujourd’hui malheureusement le plat  le plus populaire dans le public.

Dr. Richard PRASQUIER

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